Bourreau, victime ou sauveur… Sortir du piège des jeux psychologiques

By on 14 janvier 2015
Crédit photo : © psdesign1 - Fotolia.com

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Bourreau, victime ou sauveur… Sortir du piège des jeux psychologiques

Comprendre le fonctionnement de ces mécanismes primitifs et sortir des comportements destructeurs qu’ils engendrent

Vous est-il déjà arrivé de vivre des scénarios conflictuels qui se répétaient encore et encore, à tel point qu’on aurait pu enregistrer au dictaphone le déroulement de l’une de ces scènes et terminer la suivante avec cet enregistrement ?

Vous est-il déjà arrivé de vous disputer avec un proche et de ne même plus savoir vraiment comment cette dispute a commencé ?

Vous est-il déjà arrivé d’avoir le sentiment de ne pas pouvoir vous contrôler, de réagir de façon automatique face à un reproche ou une parole blessante, comme si vous étiez plus ou moins ensorcelés, victimes d’une force extérieure qui vous oblige à réagir d’une certaine façon, ou qui rend en tout cas très difficile une reprise du gouvernail de vos paroles ou de votre attitude ?

Y a-t-il certaines de vos relations avec des proches ou d’autres acteurs de votre quotidien qui vous laissent systématiquement ou presque dans la frustration, le découragement, portant comme un arrière-goût amer ?

Si tel est le cas (et en fait il y a toutes les chances que chacun de vous ait déjà rencontré ce cas de figure au moins une fois, mais certainement bien plus souvent), il y a fort à parier que vous avez été confrontés à ce qu’on appelle un « jeu psychologique » ou encore un « jeu de triangle », le fameux triangle dramatique…

 

 

C’est quoi le triangle ?

C’est le psychiatre Éric Berne, fondateur de l’Analyse transactionnelle, qui a élaboré la notion de jeux psychologiques. Il s’est rendu compte que certains échanges, surtout les négatifs, avaient tendance à se répéter d’une manière bien définie, comme si ça nous enfermait dans des jeux de rôles.

C’est ensuite Stéphane Karpman qui a instauré le concept de triangle dramatique en finalisant le modèle conçu par Éric Berne et en définissant 3 grands rôles : Le bourreau, la victime et le sauveteur.

Ces rôles que nous endossons ne sont pas tombés du ciel et ne sont pas choisis intentionnellement par ceux qui entrent dans le triangle.

Il s’agit en fait de scénarios de l’enfance que l’on rejoue, parce que certaines blessures ou mécanismes ont été réactivés, seulement, ces éléments sont exagérés ou en décalage avec ce qui se passe en réalité et la personne que nous sommes aujourd’hui.

C’est comme si, en réaction à un événement (acte, parole, etc.), l’adulte que nous sommes régressait pour revenir au système de fonctionnement primitif en quelque sorte, adoptant un mécanisme de défense particulier en fonction de ce qu’il a vécu et appris par le passé.

Ces mécanismes ont été autrefois des réponses adaptées à des situations réelles (il n’est pas question ici de faire semblant), seulement, leur usage dans la vie d’adulte est devenu inadéquat et représente une source de grandes tensions. L’usage répété et intensif de ces jeux est comme un poison pour notre bien-être et celui de nos relations, aussi, le mieux à faire est d’apprendre en douceur à en sortir.

 

Descriptif des 3 rôles

Parmi les 3 rôles de ce triangle, nous avons en premier lieu le bourreau. Celui-ci a tendance à être très critique, sévère, cassant, autoritaire. Il est très tranchant dans ses propos et a tendance à faire peur. Les menaces ou les cris font souvent partie de sa « trousse à outils », et cela peut aller jusqu’à la cruauté ou même les coups. Il existe une version plus légère du bourreau, appelée « persécuteur » qui prendra l’apparence d’un harceleur quotidien, quelqu’un qui aura tendance à dénigrer, à soumettre aux autres sa perpétuelle insatisfaction. Je l’appellerai pour ma part un pollueur de vie 🙂

Ensuite, nous avons le rôle de la victime. Celle-ci aura tendance à être dans la plainte, à se montrer pleurnicharde, défaitiste, impuissante. Elle se dit pure et innocente, éternelle victime de la vie ou des autres. Ce n’est jamais de sa faute, elle n’y est jamais pour rien, elle n’a absolument aucun pouvoir sur ce qu’il lui arrive. Elle aura bien essayé dit-elle, mais elle n’y arrive pas. La victime a souvent un fort pouvoir d’agacement sur les autres, et il est très tentant de vouloir lui mettre un coup de pied au derrière pour qu’elle se réveille enfin… Oups… Laissons le rôle du bourreau où il est 🙂

Enfin, le 3e rôle est celui du sauveteur. Celui-ci est toujours impliqué à fond dans ce qu’il fait, toujours prêt à aider les autres, même (surtout) quand on ne lui a rien demandé. Il se présente comme fort et altruiste, mais sa façon de procéder sera bien souvent infantilisante et son aide inadéquate. Il cherche inconsciemment à créer une dette morale chez les autres pour nourrir son ego.

 

La prise de conscience est le point de départ pour sortir du piège

Autant dire que vu sous cet angle, ce n’est pas joli joli, mais ! Il existe des solutions pour en sortir et le premier pas est de prendre conscience du jeu qui est en train de se dérouler.

Ce n’est pas forcément évident, parce que nous entrons dans le piège suite au lancé d’un « appât » (mot, phrase, geste, attitude, …) qui va faire écho à une blessure non guérie en nous et va alors engendrer une réponse automatique, comme si nous étions montés sur ressort.

Par exemple, si vous avez beaucoup de mal à garder votre calme face à l’injustice, parce que par le passé on vous a régulièrement accusés à tord, votre douleur n’a pas été reconnue ou encore parce qu’on a attribué à un autre le mérite qui vous revenait et que cela vous a profondément affectés, il suffit que votre interlocuteur vous envoie un pic qui vous replace dans ce système pour engendrer une réaction qui sera parfois très forte et disproportionnée par rapport à la situation réelle.

L’autre peut chercher délibérément à vous attaquer sur un point sensible dans le but de vous faire réagir, parce que lui-même s’est senti piqué ou attaqué, essayant d’une façon très maladroite et même destructice de répondre à un besoin en lui.

Ces mécanismes sont en général inconscients, ça se déroule presque tout seul, mais on peut néanmoins les interrompre et les faire disparaître avec un peu d’entraînement en redevenant conscient de ce qui se passe en soi.

Si vous restez en mode « robot » et vous laisser entraîner par ce qui se déroule autour de vous sans prêter attention à ce qui se passe et à vos émotions, vous tomberez systématiquement dans ce type de pièges.

À l’inverse, si vous devenez ou redevenez attentifs à ce que vous ressentez et à vos échanges avec les autres, vous gagnerez la possibilité de faire d’autres choix et d’interrompre la scène, même si elle est déjà bien entamée.

Si vous avez reconnu certains de vos modes de fonctionnement dans les descriptifs plus haut, c’est déjà un excellent point de départ. Savoir se remettre en question et regarder en face ses propres failles nous offre la possibilité de remettre de l’ordre dans nos schémas et d’accéder à une paix intérieure de plus en plus vaste.

 

Le déroulement d’un jeu de triangle

 

Le déroulement d’une « partie de triangle » fonctionne toujours de la même façon :

  • La premier « joueur » lance un appât

  • Celui-ci est réceptionné par l’un des points faibles de l’autre « joueur »

  • Ce dernier réagit en donnant une réponse automatique

  • Cette réponse définit la distribution des rôles

  • Les deux « joueurs » vont ensuite se faire des passes à tour de rôle, en faisant grimper les tensions entre eux

  • Au bout d’un moment, l’un des « joueurs » va provoquer un coup de théâtre qui va provoquer un échange de rôles et mettre fin à la scène (claquage de forte, paroles blessantes destinées à provoquer la stupeur de l’autre et à le mettre en échec, etc.)

Nous avons tous tendance à endosser ces 3 rôles, piochant dans le lot en fonction de la situation et de la personne que nous avons en face de nous, mais en général, nous avons chacun notre rôle « préféré », celui que nous allons le plus facilement endosser en fonction de nos schémas de l’enfance.

 

Sortir du triangle – ou ne pas y entrer tout simplement

Pour sortir de ce piège, l’objectif va être d’en prendre conscience le plus tôt possible dans le déroulement évoqué ci-dessus pour stopper le flot des réponses automatiques et se poser les bonnes questions.

Il est important de se rappeler également qu’il ne s’agit pas d’une réelle conversation entre les deux personnes concernées, mais que chacun rejoue son propre scénario, ne faisant au final que le projeter sur l’autre.

En gardant à l’esprit lorsqu’un conflit commence que nous ne sommes pas la cible réelle de l’autre et qu’il y a derrière son attaque un autre enjeu, il nous sera plus facile de ne pas rester agrippés à ses paroles parfois très blessantes.

Dans l’ouvrage « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : Introduction à la Communication Non Violente » de  Marshall Rosenberg, l’auteur nous explique aussi que pour les praticiens de la Communication Non Violente, chaque attaque est entendue comme une demande qui n’a pas été correctement formulée. Au lieu de considérer l’attaque directement, on entend ici qu’il y a une souffrance, un besoin derrière celle-ci et on utilise la reformulation pour inviter l’autre à clarifier son besoin et à sortir de l’agressivité.

Exemple : Un homme rentre chez lui après sa journée de travail. Il se dirige vers son bureau pour consulter ses mails en passant à côté de son épouse sans la considérer. Celle-ci lui lance brusquement un « Si je suis de trop ici, il faut me le dire ! »

En lisant ce descriptif de la scène, on peut aisément deviner le pourquoi de cette attaque même si madame y est allée un peu fort, mais son époux ne comprendra peut-être pas la raison de cette agressivité, en fonction de son mode de fonctionnement et de ses habitudes de vie.

Si cet homme, au lieu de considérer les propos de sa femme tels quels, entend derrière cet « accueil chaleureux » une demande et la reformule par exemple ainsi : « Tu te sens rejetée ou non considérée parce que je ne suis pas venu vers toi en rentrant ? », le jeu ne pourra pas démarrer parce qu’interrompu dans son élan. La blessure de cette femme sera reconnue, entendue, et elle n’aura plus besoin de provoquer un conflit pour tenter maladroitement d’obtenir ce qu’elle désire.

C’est une ouverture vers un dialogue sain qui pourra se dessiner plutôt que d’entrer dans un conflit qui sera usant, énergétivore et qui peut être également destructeur pour la relation à terme.

C’est la répétition de ces jeux au quotidien qui est particulièrement usante, et il faudra parfois du temps pour ne serait-ce que prendre conscience que nous venons de mettre les deux pieds dedans, mais chaque pas fait dans ce sens nous rapprochera un peu plus de la liberté.

 

Reprendre ses responsabilités

Un autre aspect important pour vivre des relations saines est que chacun est responsable de lui-même et chacun n’est responsable que de lui-même dans le monde des adultes.

Il n’y a pas de bourreau sans victime consentante.

La victime consentira peut-être inconsciemment, mais le fait est qu’elle a à tout moment la possibilité de dire stop et de reprendre les rênes de sa propre vie en main.

Pour sortir de ces schémas nocifs, il est important de considérer que notre interlocuteur et nous sommes tous deux des adultes, capables de se prendre en charge. Chacun est responsable de son état moral et physique et est en mesure de faire ses propres choix.

Vous n’êtes pas responsables du bonheur ou du malheur de votre interlocuteur, ni de ce qu’il ressent. L’autre est en mesure d’exprimer ses besoins, de faire des demandes et de prendre soin de lui-même, comme nous.

De même, chacun a la possibilité de poser ses limites et de définir ce qui est acceptable ou non pour lui.

C’est l’affirmation tranquille de soi qui vous permettra de vous positionner clairement et de ne plus tomber dans le piège. Plus vous allez être conscients de ce qui se passe en vous et prendre soin de vos propres besoins et blessures, plus vous trouverez un équilibre profond en vous-mêmes, et les joueurs de triangle n’auront plus de prise sur vous.

Et dans certains cas de figure où nous avons à faire à des joueurs professionnels, comme c’est le cas avec ce qu’on appelle un manipulateur pervers ou pervers narcissique, la meilleure solution est la fuite, car on ne peut pas changer l’autre si lui-même ne désire pas changer. On ne peut que se changer soi-même et décider de qui on veut être et de comment nous voulons réagir en rapport avec ce qui se passe autour de nous.

 

Voici quelques ouvrages très précieux au sujet des rôles du « triangle dramatique » :

 

« Victime, bourreau ou sauveur : Comment sortir du piège ? » De Christel Petitcollin

Ouvrage de 156 pages au format de poche. Facile d’accès, clair bien expliqué.

« Petit cahier d’exercices pour sortir du jeu de victime, bourreau, sauveur » du même auteur.

Ce petit ouvrage reprend les aspects concrets et pratiques du titre précédent sous la forme d’un cahier. Une présentation sympathique et agréable qui reprend l’essentiel des clés pour sortir de ce système pesant et parfois destructeur

 

Voilà également un très bon ouvrage qui pourra être utile à ceux qui ont rencontré la route d’un « joueur professionnel » :

« Échapper aux manipulateurs : Les solutions existent ! » de Christel Petitcollin

Il y a encore beaucoup à dire sur le sujet, mais voilà déjà quelques clés de compréhension qui pourront, je l’espère, vous aider à instaurer des rapports plus harmonieux dans vos relations.

Avec mes meilleures pensées

           Laure

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8 Comments

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  5. Jeanne

    18 avril 2017 at 18:49

    Bonjour Laure, merci pour ce texte. Pour moi, il a été relativement facile de ne plus prendre le rôle du sauveur. J’avais tendance à prendre soin des victimes en étant convaincue de leur impuissance. Plus je reprends le pouvoir sur ma vie, plus je comprends que les autres l’ont aussi sur la leur. C’est, par contre, plus difficile de sortir du rôle de victime et de parvenir à pardonner aux manipulateurs. Bonne journée 🙂

    • Laure Zanella

      18 avril 2017 at 20:34

      Oui, c’est un chemin à faire ! L’important est de continuer à avancer tout en respectant le rythme juste pour soi 🙂 Avec mes meilleures pensées

  6. Fournier

    19 avril 2017 at 05:23

    Es til possible qu une personne soit les trois en même temps…. Je reconnais tellement ma belle mère la dedans … Elle lance un. Commentaire désobligeant, joue la victime si on réplique puis puis nous dit vouloir nous sauver et vouloir notre bien !

    • Laure Zanella

      19 avril 2017 at 08:17

      Oui, nous avons tous tendance à passer d’un rôle à un autre selon les situations et les blessures activées.

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