La colère que nous ressentons envers les autres n’est souvent qu’une projection de celle qu’on ressent envers soi-même

By on 19 février 2015
Crédit photo : © Jenny Sturm - Fotolia.com

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La colère que nous ressentons envers les autres n’est souvent qu’une projection de celle qu’on ressent envers soi-même

Sortir de l’illusion et trouver la paix en soi

 

(Suite du programme de l’atelier public « Amour de soi – Amour de l’autre »)

Pour cette nouvelle étape, je vous propose de parler de ce jeu de miroir qui se déroule bien souvent entre les êtres, et en particulier ces moments où nous projetons nos émotions négatives sur les autres.

Il arrive bien souvent que nous ressentions de la colère, de la rancoeur ou même de la rage envers d’autres personnes parce qu’il s’est produit quelque chose qui nous a fortement blessés et nous n’arrivons pas à lâcher prise face à l’injustice ressentie, le sentiment d’abandon, d’humiliation, de trahison ou autre qui stagnent en nous.

Nous en voulons à l’autre pour ce qu’il a pu faire ou dire, mais si nous creusons un peu plus loin, dans de nombreux cas, la direction réelle de notre colère n’est pas l’autre, mais nous-mêmes.

En effet, même si cela reste masqué dans l’inconscient, il y a une part de nous qui sait que celui que nous tenons pour responsable de notre souffrance c’est nous-mêmes, parce que nous estimons avoir fait quelque chose que nous ne devions pas faire et qui nous a conduits là, ou parce que nous pensons que nous aurions justement dû faire quelque chose que nous n’avons pas fait.

 

C’est nous-mêmes que nous plaçons sur le banc des accusés

 

L’autre ne sert que de miroir, et nous estimons que s’il s’est passé ce quelque chose qui nous a fait si mal, c’est parce que NOUS avons fait un mauvais choix, parce que nous nous sommes comportés de telle façon, avons dit telle chose, etc.

Il arrive aussi parfois qu’on ait plus ou moins conscience de cela, mais qu’on préfère se mentir à soi-même et faire comme si on ne le voyait pas parce que devoir se confronter à soi-même serait trop douloureux. Il est plus « facile » alors de continuer à en vouloir à l’autre.

Quelles que soient les raisons qui nous poussent à réagir de cette façon, la clé est toujours la même : c’est le pardon.

Le pardon à soi-même est une affaire délicate, surtout quand nous considérons que certains de nos actes ou de nos décisions ont créé des dommages très profonds, pour nous ou pour d’autres personnes de notre entourage.

Nous n’arrivons pas à accepter les conséquences, tout le mal qui a pu être fait, et il est inacceptable à nos yeux de lâcher-prise. C’est comme si on cherchait indirectement à se punir, encore et encore, parce qu’un jour par le passé, nous avons fait un choix que nous considérons comme catastrophique aujourd’hui.

 

Remettre les choses à leur juste place

Premièrement, nous ne pouvons jamais savoir qu’un choix est une erreur avant d’avoir observé les résultats de ce choix.

Quand vous prenez une décision, vous ne pouvez jamais savoir à l’avance si elle donnera un résultat positif à vos yeux ou si ça va vous conduire droit dans le mur. Il n’était pas possible de le prévoir.

Ensuite, ne perdez pas de vue que nous ne pouvons que faire de notre mieux, en fonction de notre degré de conscience du moment, des circonstances de ce même moment et de ce que nous avons appris jusque-là.

Nous ne pouvons pas juger nos choix passés en fonction de celui ou celle que nous sommes aujourd’hui. Du chemin a été fait, nous étions différents à ce moment-là, et nous ne pouvions pas avoir le recul dont nous disposons dans l’instant présent.

Chacun ne peut que faire de son mieux en fonction des circonstances du moment, et on ne peut pas comparer ce qui existe en nous ici et maintenant à ce qui était hier.

Quoi que vous ayez pu vivre ou faire et quelles qu’aient été les conséquences de vos choix, vous ne pouviez pas savoir que ces choix vous conduiraient là, sinon vous ne les auriez tout simplement pas faits.

Pouvez-vous entendre cela ?

Il est possible que ce soit difficile et douloureux, mais prenez néanmoins le temps d’y réfléchir.

 

Identifier et se reconnecter à ses besoins profonds

 

Autre aspect très précieux pour faire ce chemin vers le pardon à soi-même. Dans l’ouvrage « Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs » dont nous avons déjà parlé pour aborder la Communication Non Violente, Marshall Rosenberg nous dit de chercher quels ont été nos besoins au moment des faits, car en nous reconnectant à nos besoins plutôt que de rester fixés sur les conséquences négatives, nous allons pouvoir nous libérer.

Ça demandera un peu de temps et d’insistance, mais en persévérant, ça donne des résultats surprenants, et ça nous évite alors de continuer à projeter notre colère ou notre ressentiment sur une personne qui n’est pas réellement visée, et surtout, ça nous permet de nous libérer de ce poison que nous entretenons en nous.

 

Démonstration à l’aide d’un exemple concret

Prenons un exemple assez classique pour illustrer :

Après quelques années de mariage, votre relation avec votre conjoint est devenue de plus en plus pesante. La personne qui vous fait face aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle que vous aviez rencontré.

Les rires et les bons moments partagés ont cédé la place à des engueulades, des critiques et des jugements permanents de la part de votre conjoint. Évidemment, vous ne comprenez pas cette attitude, vous la trouvez injuste et parce que vous n’avez pas encore appris à vous tourner vers l’intérieur et à regarder au-delà de la façade, vous tombez dans le panneau et vous commencez à riposter.

Au fil des semaines et des mois, peut-être des années, vous ressentez de plus en plus de colère à l’égard de votre conjoint, vous vous sentez trahi, ayant peut-être l’impression d’avoir été dupé parce que ce personnage n’a plus rien à voir avec celui que vous aviez rencontré. Vous avez beau tenter de lui parler et de le faire réagir, vous vous heurtez constamment à un mur. L’autre vous accuse de tous ses problèmes, dit que c’est vous qui semez la pagaille et il refuse d’envisager une aide extérieure du genre thérapie de couple ou autre. Vous ne supportez plus sa présence, vous finissez par ne plus ressentir autre chose que de la colère à son sujet, et vous finissez par demander le divorce.

Vous vous sentez soulagé au départ, ayant le sentiment d’avoir pris la bonne décision. Votre désormais ex-conjoint continu son manège, fait tout pour vous pourrir la vie parce qu’il se sent rejeté et refuse catégoriquement l’idée que vous puissiez le planter là. Vous êtes tellement en colère contre lui que vous campez fermement sur vos décisions et ne laissez aucune place possible au dialogue. Il ou elle a eu un nombre incalculable de chances de dialoguer, maintenant, c’est trop tard.

Et puis vient un jour où vous apprenez par la bouche de X ou de Y, peut-être de l’ex-conjoint lui-même ou de celle de vos propres enfants qu’il ou elle est passé à autre chose.

Peut-être êtes-vous soulagé au départ parce que vous vous dites qu’il arrêtera de vous pourrir la vie à présent qu’il est occupé ailleurs. Et puis au bout d’un moment, c’est de la douleur qui commence à remonter, une souffrance terrible, parce que d’un coup, en voyant que la porte se ferme pour de bon, vous vous rendez compte que derrière votre colère il y avait toujours de l’amour, que votre démarche visait à faire réagir l’autre, que vous cherchiez peut-être aussi à le punir pour toute la souffrance endurée parce que vous teniez votre conjoint pour responsable de ce que vous ressentiez. Vous vous sentiez rejeté alors vous l’avez rejeté à votre tour parce que vous vous disiez qu’il n’avait pas le droit de vous traiter comme ça.

Et là, en voyant que lui ou elle tourne la page, vous ressentez une gigantesque tempête intérieure qui prend forme, une immense colère, un sentiment d’injustice, peut-être même de trahison, alors que c’est vous qui avez pourtant pris la décision.

Vous garderez peut-être cette colère en vous, ou commencerez à attaquer l’autre sans forcément comprendre ce qui se passe en vous d’aileurs. Vous pensiez pourtant que cette affaire était réglée et vous avez peut-être même éprouvé une grande satisfaction de vous être enfin « débarrassé » de l’autre, mais la réalité présente montre qu’il y avait quelque chose de totalement différent à entendre derrière ce que vous pensiez percevoir au premier abord.

 

Comment faire alors pour guérir ses plaies, remettre les choses à leur juste place et lâcher cette colère pour pouvoir vraiment avancer ?

 

Dans une situation comme celle-ci ou une autre provoquant le même type de résultats, l’étape clé du processus c’est d’aller chercher quels étaient vos besoins dans cette situation, qu’est-ce qui a engendré de la colère, de la frustration ou de la souffrance en vous.

Dans notre exemple, vous allez peut-être prendre conscience à ce moment-là de façon brutale que la séparation n’était pas réellement ce que vous désiriez, que tout ce que vous vouliez en fait c’était vous sentir aimé(e), respecté(e), reconnu(e), entendu(e) ou autre chose encore.

Derrière chaque crispation intérieure que vous avez pu ressentir, derrière chaque reproche que vous avez pu lancer à votre ex-conjoint se cachaient un ou plusieurs besoins non satisfaits, et comme vous n’aviez pas conscience de cela, vous ne pouviez que réagir de façon automatique. Vous n’aviez pas la possibilité d’identifier l’origine réelle de votre souffrance parce que vous ne saviez tout simplement pas qu’il se passait autre chose au fond de vous et vous ne pouviez qu’avancer en fonction de ce que vous connaissiez.

Si vous vivez une situation comme celle de l’exemple ci-dessus, la colère que vous ressentez vis-à-vis de l’autre en le voyant tourner la page ne le concerne pas réellement lui, mais vous concerne plutôt vous, parce que vous vous êtes puni vous-même en mettant un terme à un lien auquel vous teniez pourtant beaucoup.

Techniquement, c’était peut-être la solution la plus saine pour vous si l’autre ne correspondait réellement pas à ce que vous attendiez ou si la relation était trop douloureuse pour vous, mais en prenant le temps d’identifier vos besoins et d’accepter cette autre version de la réalité, vous auriez réagi de façon moins impulsive et vous auriez pu vivre les étapes dans l’ordre, de façon à trouver la paix en vous, pour ensuite pouvoir faire un choix posé et pleinement accepté.

Que vous en ayez conscience ou non, une part de vous sait que c’est vous qui avez pris la décision, et elle estime donc que c’est vous qui êtes responsable des conséquences douloureuses que vous voyez aujourd’hui devant vous.

 

On ne peut réagir qu’en fonction de ce dont on a conscience

 

Le fait est que sans être conscient de vos besoins et de vos mécanismes intérieurs, vous ne pouviez pas réagir autrement. Vous ne pouviez pas vous rendre compte que votre colère était le résultat des besoins qui n’étaient pas satisfaits en vous, et vous attribuiez cette colère à l’attitude de votre conjoint. Au lieu d’être à l’écoute de vous-même et de chercher à répondre à vos besoins, vous avez donc tenté de résoudre le problème en éliminant de votre vie celui ou celle que vous teniez pour responsable de votre souffrance, et après coup, vous vous êtes rendu compte que la souffrance existait toujours en vous, même si c’était sous une nouvelle forme.

Pour pouvoir sortir de la colère envers soi-même (et donc automatiquement faire tomber la colère qui se projette sur l’autre), il n’y a que le fait de reconnaître vos besoins à ce moment-là et d’accepter aussi que vous ne pouviez pas réagir autrement au moment des faits qui vous permettra de passer le cap.

Le comprendre intellectuellement ne suffit pas. C’est émotionnellement que vous devez chercher à le ressentir, et c’est aussi quelque chose qui s’apprend et se travaille.

Pour aller vers le pardon à soi-même, le but est donc d’identifier les épisodes qui ont enclenché en vous des réactions fortes vis-à-vis des autres, et de voir de quoi vous auriez eu besoin à ce moment-là.

Prenez le temps de vous reconnecter avec les besoins identifiés, et laissez venir ce qui vient sur le plan émotionnel. Ne cherchez pas à résister aux émotions qui montent, acceptez juste ce qui se passe en vous, et autorisez vos émotions à être là. Comprenez aussi que vous n’avez aucune obligation de continuer à les porter en vous, et que vous pouvez choisir de les laisser aller à tout moment, quand vous vous sentirez prêt pour ça.

J’ai choisi ici un exemple qu’on rencontre assez fréquemment dans les histoires de couple, mais le processus expliqué est exactement le même quelle que soit la situation.

Voyez si vous portez encore en vous de la colère ou du ressentiment vis-à-vis d’autres personnes, et faites ce même chemin.

Prenez des notes écrites de préférence et inscrivez tout ce qui vous passe par la tête, même si c’est confus au départ. Ça vous aidera à clarifier ce qui se passe en vous jusqu’à pouvoir identifier vos besoins profonds.

 

Doucement, mais sûrement

En remettant petit à petit les choses à leur place de cette façon, vous allez libérer les colères enfouies en vous, et votre cœur va se faire de plus en plus léger.

Ça demande parfois du temps, et il arrive aussi qu’il soit nécessaire de s’y reprendre un certain nombre de fois jusqu’à pouvoir se reconnecter pleinement à ses besoins pour lâcher prise, mais ça vaut la peine d’y travailler.

Et en partant de ce cheminement là, vous pourrez aussi identifier par la suite les moments où vous vous laissez emporter par vos automatismes et où il pourrait être constructif pour vous d’aller chercher directement quels sont les besoins qui demandent à être satisfaits, ce qui vous évitera de retomber dans les mêmes panneaux.

Le fait de libérer tout le ressentiment qu’on peut éprouver contre soi-même nous permet d’accéder à notre véritable nature, de la laisser s’exprimer de plus en plus et de faire de nouveaux pas vers l’amour de soi. Et quand on s’aime et qu’on s’accepte soi-même, on fait de même avec les autres.

Voilà donc une nouvelle clé qui vous aidera, je l’espère, à sortir des conflits et à les voir apparaître de moins en moins souvent sur votre chemin.

 

Avec mes meilleures pensées

        Laure  O:)

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6 Comments

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  2. Nathalie N.

    26 février 2015 at 03:59

    Alors pour ma part, même si ma situation a été différente, j’ai pris pleinement conscience qu’elle était vraiment là pour répondre à un besoin non assouvi. Mais qui peut l’assouvir mieux que moi ? je l’ai enfin compris et j’ai pu, du coup, répondre à des tas d’autres besoins.
    Ce travail m’a réellement permis de trouver la paix en moi. De faire la paix avec « l’autre » et de pouvoir pardonner du mieux que je pouvais. Car oui, je l’avoue, j’ai encore une petite colère contre une personne qui en fait, doit être une partie de moi que je n’ai pas réglé vis à vis d’elle.
    Je sens le pardon venir à petit pas et c’est plutôt positif pour moi
    Merci en tous les cas pour cette piqure de rappel

    • Laure Zanella

      26 février 2015 at 08:57

      Avec plaisir Nathalie ! Le pardon ressemble parfois à un parcours du combattant en fonction des blessures vécues, et puis petit à petit, à mesure que nous avançons, nous comprenons de nouvelles choses sur nous-mêmes et sur les autres et vient un moment où on s’autorise enfin à lâcher prise 🙂

  3. josiane

    24 novembre 2015 at 23:45

    bonsoir Laure, suite à la situation du jour, où une personne souhaitant rentrer en conflit avec moi n’a pas eu cette chance là, je n’ai répondu que gentiment, j’ai fait un petit tour dans tous vos articles et j’ai choisi celui-ci. Premiérement pour mieux me comprenne dans cette histoire, j’ai déjà mon idée me concernant. Mais, j’avais trés envie aussi de comprendre l’autre dans sa réaction de ce matin, cela pour mieux ciblés ce qui peut se passer à l’intérieur de cette personne, nous avons tous nos joies etc….nos soucis, notre vécu etc……Nous ne sommes points parfaits, chacun a ses blessures, ses souffrances plus ou moins guéries ou peut étre pas guérit du tout, que ce soit conscient ou non conscient, cette réaction provient certainement de blessures du passé qui resurgissent dans le présent sous une forme différente, avec des personnes différentes, mais qui en faite ne fait que refléter une souffrance du passé sans en avoir réellement conscience. C’est tombé sur moi cette fois. Je peux comprendre cela en l’autre puisque moi méme l’ai vécu, le vis et de moins en moins car j’ai aujourd’hui conscience de ce qui se passe en moi et que grace à cela, je peux améliorer tout ce qui est négatif(j’en ai de moins en moins en moi)un beau pas de franchi………. Merci pour cet article, je comprend beaucoup mieux pour les deux étres humains que nous sommes dans ce conflit qu’on m’impose alors que je suis coupée des autres au maximum pour que de mon coté, je trouve la paix en moi……….MERCI POUR TOUT LAURE 🙂

    • Laure Zanella

      25 novembre 2015 at 09:56

      Merci pour votre message Josiane. Comprendre ce qui se passe en l’autre est effectivement précieux aussi, parce que ça nous aide à voir au-delà de la façade et à ne plus faire une affaire personnelle de certaines attaques que l’on subit. Nous avons toujours la possibilité de choisir de quelle façon nous allons réagir, et vous avez fait un bien joli choix ici qui non seulement ne va pas enfoncer l’autre sans ses réactions mais va aussi vous permettre de garder la sérénité en vous 🙂 Passez une excellente journée et à bientôt

      • josiane

        26 novembre 2015 at 13:06

        Merci pour votre réponse. Et un bon point pour chacune de nous deux dans ce souci. Tout s’est arrangé et j’en suis contente, il suffit juste de dire les choses pour étre comprise. A bientot 🙂

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